samedi 18 avril 2009

Tupiza

Ça devient une habitude : nous arrivons à Tupiza à 5h30 après une nuit passée dans le bus… Nous sommes redescendus un peu, la ville est ici à 2950 mètres d’altitude, ce qui nous fait gagner quelques degrés, bienvenus à cette heure matinale pour une recherche de guest. Nous atterrissons dans un Hostelling International, sans doute le dernier que l’on fera de notre voyage : ras-le-bol de cette ambiance d’assistés où tout est fait pour l’Anglo-saxon désireux de ne pas avoir à sortir de sa chambre d’hôtel pour avoir tout à disposition (laverie, service d’agence touristique etc), le tout moyennant monnaie, bien sûr… Mais pour le moment ce sont les seuls à accepter que l’on ne paie pas la nuit finissant alors va…
Après une petite sieste réparatrice (on ne vous cache pas que les nuits en bus ne figurent pas parmi nos plus belles…), nous partons découvrir un peu la ville. Tupiza est un village paumé au milieu d’une zone semi-aride et montagneuse. Ses maisons sont faites de brique de terre locale, beige-ocre, pareil à une sorte de torchis. Les cuadras réguliers (blocs de maisons) répondent à l’organisation géométrique des nouvelles villes espagnoles et il est facile de nous y repérer. Un repas au marché (et toujours cette galère de chercher un repas sans viande… Merci Matthieu pour ta patience…) et nous partons en quête d’informations sur les tours proposés en direction du salar d’Uyuni. Nous retrouvons par hasard un couple d’Allemands rencontrés il y a quelques mois à Phnom Penh avec qui on reste discuter un moment. Et puis la journée passe comme ça, au rythme lent de cette ville digne d’un western.
Le lendemain, Matthieu part marcher en direction du Cerro Elefante, accédant ainsi à une colline dominant la ville.
Il est pas trop tard quand je sors de l'hôtel, mais les petites vendeuses déballent leur étale. Certaines arrivent, chargées de produits artisanaux, d'autres lèvent la bâche qui a protégé les tables de fruits, alors que le soleil chauffe déjà les mollets. Par contre, à l'ombre c'est le froid intégral. Je réussis à sortir de la ville et demande mon chemin à 2 personnes en comprenant les indications (Putain je comprends l'espagnol ! Et je le parle aussi avec des “Heuu...”, “Entiendo” où je suis pas sûr de comprendre). Je trouve donc le pont qui sépare la ville et monte jusqu'a cette chère croix blanche qui domine la ville. Le paysage est super joli, couvert d'un ciel dégagé, dominant la ville et permettant de voir des quebradas et des collines aux couleurs typiques de paysage sud-américain, entre le vert, le ocre, en passant par le jaune...


J'adore profiter de l'endroit et me dire que c'est super cool!! C'est l'occasion de me poser en écoutant un peu de la musique d'ici (c'était un peu mon petit moment à la Rocky, genre au sommet avec du reggaeton!). Puis je suis allé faire un tour du coté du Cerro Elefante, qui bien évidement ressemble vaguement à un Eléphant.


Le soleil donnait la température parfaite mais je ne suis pas allé bien loin, juste le temps de profiter des grands cactus,
des herbes qui piquent et je repars vers le centre du coté moins touristique de la ville, où se tient sur la place un derby entre syndicats de chauffeurs de bus.

Ah bah oui on est dimanche et en même temps, c'est pratique les déplacements, pour les syndicats de chauffeurs de bus (les syndicats des pousses-pousses à vélo de Hanoi doivent davantage galérer pour les déplacements...) Toujours est-il que le tableau est assez sympa , pas forcement imaginer le foot vu de comme cela...



Finalement après avoir vu 2 buts, un carton jaune et un joli jeu, plein de commentaires et quelques insultes gentilles, je file rejoindre la cow-girl.
De mon coté, je profite du réveil au jus de fruits frais du marché (on ne s’en lasse pas!) puis je me lance dans la rédaction de deux articles! Aller! Il va falloir le rattraper ce retard dans notre blog!!! Et puis à 11h30 nous avons rendez-vous avec Joly jumper pour une balade de 5 heures dans les magnifiques quebradas alentour.
A cheval sur nos montures (genre à l’agence ils ont dis “oui, nous on a des chevaux argentins qui sont des bons chevaux”!, mais franchement, ceux-là ne sont pas plus de compèt que n’importe quel autre!), nous commençons par longer la voie ferrée avant de prendre une piste qui nous fait pénétrer dans une sorte de désert de pierre montagneux. De là, on bifurque en direction de “Los Canyones”, jusqu’à arriver à “Los Duendle”.

Le paysage magnifique nous réjouit.

Nous mangeons là et avons quelques minutes pour faire des photos, puis nous repartons en direction de la vallée de los machos. Et pourquoi porte-t-elle ce nom, demande-t-on?! Et ben parce que les pics de la montagne ressemblent à des pénis!

Et ben voila! Cela dit, toute blague phallique mise à part, le site est superbe et nous essayons, dans ce cadre de film, de nous faire un galop genre “ici, tout est possible”.



Oui sauf qu’en fait, ce ne sont décidément pas des chevaux de compèt, et il faut talonner comme des fous pour que le canasson passe tranquillement au trot galopé… Fait chier! On arrive donc tranquillement (ça pour être tranquille!) au canon del Inca, nommé comme ça pour avoir été la voie de passage de prédilection des Incas de la région.


Nous faisons une nouvelle halte photo puis remontons nos canassons pour retrouver la Puerta Del Diablo (porte du Diable), sorte d’ouverture dans la roche vénérée (apparemment encore maintenant) pour être un lieu d’offrande au Dieu des ténèbres…
Finalement, notre jeune guide nous prévient qu’on sera en avance à Tupiza, et effectivement! On a une heure d’avance tout pile en rentrant, avec interdiction de galoper (et donc un peu l’impression de faire un contre-la-montre…).




On est un peu vénères, mais c’était quand même génial de faire cette balade…


Le reste de l’après-midi, nous faisons les agences pour choisir notre tour à Uyuni. Pas facile de trouver du monde pour faire les 5 jours que l’on souhaite, et on doit arpenter toute la ville pour le prévoir.
Le troisième jour, après un aller-retour au marché pour prendre jus de fruits frais et petit-déjeuner au dulce de leche (mum!), nous partons nous balader à pied dans les environs de la ville. Nous prenons la direction du Nord, longeant la voie de chemin de fer qui s’engouffre dans la campagne, dominée par une montagne ocre époustouflante. Suivant les conseils d’une petite mamie nous bifurquons bientôt pour entrer dans un canyon. Mais le cul de sac nous fait reprendre la voie ferrée et déboucher sur un paysage aux couleurs impressionnantes.
Ici le gris côtoie le rouge et le vert, et la montagne, coupée par la rivière, cède la place au vert des cultures du rivage. La conversation va bon train et nous ne voyons pas le temps passer.



Encore un peu et on doit faire demi-tour. Nous aurons vraiment bien profité de cet environnement de quebradas dignes de celles de Cafayate…

Il ne nous reste plus qu’à confirmer avec l’agence que nous avons choisie pour notre tour, Llipi Tour. Et bientôt nous voila partis dans une conversation animée avec le copain de la fille de l’agence, conversation sur la politique et les différents peuples en voyage. Le Israéliens en prennent pour leur grade. Il faut dire que depuis plusieurs semaines voire plusieurs mois on est servis question incivilité et qu’ici, les gens ressentent beaucoup de pression tant les Israéliens sont exigeants (comme s’ils étaient dans leur pays). Nous parlons aussi pas mal de la politique locale, l’occasion une nouvelle fois donnée de vérifier la côte de popularité hallucinante du président Evo Morales…
Le lendemain, nous partons pour notre tour en direction d’Uyuni. Tupiza nous a beaucoup séduit et nous sommes bien contents d’y être restés quelques jours.

mercredi 15 avril 2009

Mangeage en tout genre

Le Burger Quacker...

L'oeuf de la Patagonie...

Et l'almuerzo (menu du jour) de la Bolivie...

Le voyage, c'est bon, mangez-en!

mardi 14 avril 2009

Potosi


Nous avons quitté Sucre en taxi, préférant aux 4 heures de bus les 2 petites heures en compagnie de Pascual et de sa femme (le taxi était partagé). En gros, 2 heures d’échange détendu, de bonne humeur sur fond musical à fond les ballons et 2 heures de partage de tout ce qu’ils avaient sous la main : feuilles de coca, empanadas, whisky, fromage… On a même pu admirer le pont de l’ancienne mine espagnole, l’occasion d’une petite photo :

A l’arrivée à Potosi et après avoir remercié chaleureusement le couple pour leur gentillesse et leur générosité, on prend nos quartiers dans une guest et on part dans la ville. Celle-ci était, du temps de l’extraction massive d’argent depuis son “Cerro Rico”, la ville la plus riche du pays, même donnée pour être la plus riche d’Amérique Latine. Il paraît même que ses rues étaient pavées d’argent… Et ce que l’on voit aujourd’hui, c’est effectivement une très jolie ville aux magnifiques bâtiments coloniaux et aux maisons serrées.
Son attraction principale restant ses mines, on prend quelques renseignements dans les agences locales puis on tente la visite de son musée. Nous sommes trop tard alors on troque culture historique contre culture populaire : direction le marché, ses étals de vêtements et chaussures, maquillage, produits d’hygiène et jouets pour enfants. Un petit repas dans la rue, bercés par la fanfare du collège qui défile pour son anniversaire, et on remet au lendemain ce qu’on n’a pas pu faire le jour même!
Le lendemain, donc, on retourne à la Casa de la Moneda, le musée qui retrace l’histoire de la monnaie, anciennement fabriquée ici. Les bâtiments qui hébergent les collections sont magnifiques par leur taille, immense, et leur architecture, les corps du bâtiment étant organisés autour de deux patios successifs. Nous rejoignons une visite guidée qui commence par quelques tableaux d’artistes locaux. Ici, pas de talentueux génies mais plutôt une série de peintres anonymes travaillant exclusivement sur imitation des toiles de petits artistes venues d’Europe. Pas de courant local donc, si ce n’est une œuvre célèbre au moins ici d’un indigène. Celle-ci représente le Cerro Rico de Potosi et la ville qui s’étend à ses pieds, agrémenté des personnages importants de l’époque. En bas, pour satisfaire la mégalomanie des Colons de l’époque, les figures hiérarchiques de la couronne d’Espagne ; au centre, au sein du Cerro, la Vierge Marie ; au-dessus d’elle les figures Chrétienne (le père, le fils et ses petits amis). Mais à y regarder de plus près, l’auteur a rajouté toute la symbolique andine. Le corps de la Vierge Marie est la montagne en elle-même, représentant alors la Pachamama, la Terre Mère, source de fécondité et de protection pour qui la respecte mais qui contient également son coté obscur terrifiant. De part et d’autre du Cerro on aperçoit aussi le soleil et la lune qui protègent la Pachamama. En bas figure parmi les célébrités européennes le roi des Incas. Mais surtout au centre est représenté Diego Huallpa. La légende veut qu’en 1544 il ait égaré les lamas qu’ils faisaient paître. Les cherchant jusqu’à la nuit, il aurait fait un feu pour se protéger du froid et aurait ainsi découvert l’argent que recelait le Cerro. Une voix lui aurait alors indiqué que l’argent n’était pas pour son peuple mais pour des hommes qui arriveraient par la mer… Les Espagnols… Qu’est-ce qu’on apprend avec un tableau, pas vrai!
La visite du musée se poursuit et nous entrons dans le vif du sujet : l’argent. Les différentes vitrines présentent l’évolution de la monnaie. D’abord reals de la couronne d’Espagne, les pièces étaient à l’origine taillées à la main, d’une forme ronde irrégulière, et totalement faite d’argent. Mais les pièces étaient rognées pour récupérer l’argent. On a donc façonné les pièces à la machine pour leur donner une forme parfaite, et on a diminué à 95% la quantité d’argent pour rendre les pièces plus rigides. Celles-ci, devenues sueldos en 1827, sont ainsi fabriqués ici jusqu’en 1951 à Potosi. Depuis, la monnaie Bolivienne est fabriquée en Europe pour les pièces et en France pour les billets.
Une dernière anecdote? Un bateau rempli d’argent à l’époque où les lingots de Potosi partaient pour l’Espagne et victime d’une tempête il y a 200 ans a été écumé des eaux par un groupe de chercheurs États-Uniens. La totalité de sa cargaison a été retrouvée et… figure maintenant dans un musée des États-Unis!! Au total l’équivalant de 400 millions de dollars confisqués par ce pays! Pas mal la vie!! Mais non, rassurez-vous, ils ont quand même donné 3 pièces à la Bolivie!!
Aller, la visite du musée c’est fini, on file au marché pour manger, puis on se balade dans la ville, sortant du centre historique pour gagner les hauts quartiers populaires et leur vue sur la ville, le soleil couchant dorant de cuivre les façades des maisons…

Au troisième jour, après un changement de guest (si vous allez à Potosi, préférez la Maria Victoria à la compania de Jesus…), nous partons pour l’aventure minière.
Roberto, ex-mineur devenu le premier guide de Potosi, nous a convaincus hier à la sortie de la Casa de la Moneda… Nous avons donc élu l’agence “Cerro del Plata” et nous ne serons pas déçus… En l’absence de Roberto, nous partons avec Helen, notre guide féminin, et Alice, une Française en voyage en Amérique du Sud. Nous ne sommes que trois, donnant au “tour” une allure plus humaine. On s’arrête d’abord sur le marché pour acheter des présents pour les mineurs. Première bonne surprise. Partout ici les agences conseillent d’acheter des feuilles de coca, de la dynamite, des cigarettes ou de l’alcool… Comme ça, le mineur qui s’en met déjà plein les poumons toute la journée avec la poussière de la mine peut chopper un cancer plus rapidement, et, bourré, avoir des accidents… Nan, pas con… Helen quant à elle nous propose d’acheter fruits, pâtes, riz ou lait, autant de produits de la vie de tous les jours qui peuvent donner un coup de pouce au budget et à la santé du mineur et de sa famille.
Très impliquée socialement, Helen nous explique comme la découverte de l’argent dans le Cerro de Potosi peut représenter une malédiction pour tous les hommes qui sont morts d’épuisement ou d’accident dans les conditions inhumaines de la mine. Pas moins de 8 millions d’indigènes seraient morts pour son exploitation ainsi que les pauvres 30 000 Noirs venus d‘Afrique et qui n‘ont, bien sûr, pas supporté ni l’altitude, ni les conditions climatiques, ni les conditions de travail imposées… Le ton est donné, il ne reste plus qu’à vêtir les vêtements et casques de mineurs et nous rentrons dans l’antre du Cerro. Pas moins de 2500 mineurs travaillent dans les 875 mines du Cerro, reparties en coopératives, pour gagner entre 400 et 500 bolivianos par mois, soit environ 50 euros... A titre indicatif, un repas sur le marché coûte déjà entre 5 et 10 bolivianos ; à 2 repas par jour, le mineur dispose donc de 32 jours de nourriture par personne au marché… Ca fait mal, les chiffres.. Et il y en a d’autres : 42, c’est le nombre de morts en 2008, mais aussi le nombre d’associations humanitaires, drôle de coïncidence… Et quand on dit 42 morts, c’est sans compter sur tous les travailleurs clandestins qui, attirés par la croyance de l’argent facile, entrent dans l’une des 521 entrées de mines pour en gagner les profondeurs et meurent dans l’anonymat… Potosi, c’est germinal en 2009...
Nous entrons donc dans l’étroitesse terrifiante de la mine, à la rencontre de ses mineurs. Helen veille, facilite la communication et rend possible le dialogue avec les mineurs.
L’homme souffle. Il a 53 ans, est atteint d’un cancer du poumon au stade 2, mais continue à travailler. Pim hhhhhhhhhe pim hhhhhhhhhhhhe pim. La masse tape la tige métallique que la main fait tourner pour ne pas qu’elle reste enfoncée dans son trou. Il a suivi la veine d’argent et prépare le trou qui recevra la dynamite.
- “Combien de temps faut-il pour faire un trou?”
L’homme s’arrête, reprend son souffle. C’est qu’on est à 4000 mètres d’altitude et que, rajouté à étroitesse des couloirs, l’oxygène se fait rare pour ses poumons malades.
- “Une demi-heure”
- “Vous aviez quel âge quand vous avez commencé votre travail à la mine?”
- “15 ans. Il faut que je travaille encore au moins 2 ans.”
Alors on s’interroge. Pourquoi cet homme, qui travaille depuis 38 déjà dans ces conditions précaires, très malade, ne s’arrête-t-il pas enfin de travailler? Helen nous regarde puis ses yeux se perdent dans le sol.
“Lamentablement, la loi indique que c’est au stade 3 de la maladie que l’on s’arrête de travailler. Et puis il faut avoir rempli un certain quota pour avoir sa retraite…”
Ah c’est donc ça… Si tu n’as pas sué assez pour la coopérative, elle ne te reverse pas de pension… Dans ces conditions, malade ou pas, tu continues… Et puis de toute façon, tant que tu n’as pas atteint le stade 3 de la maladie tu n’arrêtes pas, hein?
Ca fait drôle de voir ces hommes, jeunes et vieux, travailler. Plus loin ce sont 2 frères de 18 et 20 qui piochent.


On a 10 ans de plus qu’eux et on “fait la visite” de leur lieu de travail forcené. Comment, malgré la petite taille de notre groupe, ne pas se sentir visiteurs d’un zoo. Le malaise grandit au fur et à mesure que les histoires de vie se racontent. Selon Helen, les touristes apportent réconfort et nourriture, et ça, c’est toujours mieux que rien. Derrière se cache sans doute l’espoir que les voyageurs dénoncent l’injustice des mines et que les conditions des mineurs changent mais franchement, qu’est-ce que Bob l’Eponge et son appareil photo dernier cri va apporter à ses gens, lui qui trouve “bien” d’acheter de la dynamite aux mineurs parce que ça coûte cher mais qui ne voit même pas le paradoxe quand il dit aussi que c’est “fun” que le mineur la fasse exploser dehors parce qu’à la fin du tour il en restait une non distribuée…?
En 2003, un homme s’est fait sauter à l’aide d’une dynamite accrochée à la ceinture devant le gouvernement, acte fort cherchant à dénoncer les conditions de travail des mineurs. Qui s’en soucie? Evo Morales, le premier président indigène de toute l’histoire de la Bolivie, a dû lutter des années pour faire passer sa nouvelle constitution dans laquelle on reconnaît enfin que chaque Bolivien a le droit à l’auto identification et que la discrimination raciale est punie par la loi. Tout ne peut pas changer en même temps. Et on n’arrête pas l’économie… Les salaires des mineurs, proportionnels à la quantité de minéraux extraite, sont indexés sur le cours mondial de l’argent. Mais cette indexation est fixée par les entreprises sans contrôle de l’Etat.
Un casque mais aucun filtre ni lunettes.
Comment trouve-t-on les veines? A l’intuition des plus anciens. Comment sait-on où faire sauter la dynamite? A l’intuition des anciens. Comment sait-on où est l’abri le plus sûr pour se protéger lors de l’explosion de la dynamite? A l’intuition des anciens. … Oui, mais avec quelles certitudes sait-on où il n’y a pas le gaz qui tue en 3 minutes en paralysant vos membres et en vous étouffant, vous condamnant à une mort certes rapide mais tellement douloureuse? Comment sait-on avec certitude que personne ne se trouve en dessous ou à coté de l’endroit où on fait exploser la dynamite? Comment sait-on avec certitude que l’abri de roche que l’on a choisi pour se protéger de l’explosion n’est pas un tas de rochers friables?
Les regards se perdent, le sourire s’efface. Puis le visage las et résigné répond : “on ne SAIT pas”.
Dans ces conditions, c’est le Tio qui veille sur les mineurs. Adulé dans chaque mine, le Tio est une représentation à la fois d’une face de diable version andine, et à la fois il est vénéré pour être le Dieu protecteur des mineurs.
C’est à lui que s’adressent les mineurs pour lui demander protection et réussite. Le Tio est ainsi recouvert de feuilles de coca, de cigarettes, de bouteilles d’alcool, autant d’offrandes pour obtenir ses faveurs.
La Pachamama, la Terre Mere est aussi présente dans la mine
Pourtant, le Tio est un “faux Dieu” instauré à l’époque par les colons qui, ne pouvant pas supporter les conditions qu’ils faisaient endurer aux mineurs, cherchaient un moyen de contrôler leur travail. Ils ont donc inventé ce dieu, répandant la croyance selon laquelle le Tio s’en prendrait à tout mauvais mineur… Elégante manipulation…
Au sortir de la mine on en a plein les narines, plein les poumons et plein les yeux. La poussière, l’étroitesse des couloirs, la rareté de l’oxygène, l’obscurité. Mais surtout la misère de ces gens. Faire des études, pourquoi pas devenir guide, s’en sortir. Helen interpelle les jeunes dans la mine et les enfants qui, avant ou après l’école, poussent des brouettes dehors. “Tu vas bien à l’école, hein?” La mine n’est pas la vie ; c’est un petit enfer que l’on a visité.
Il doit pourtant bien y’en avoir qui s’en mettent plein les fouilles. Avant Morales, quand l’Etat a privatisé les mines, il a fait un énorme profit qui n’a profité qu’à lui-même. Aujourd’hui, si le cours de l’argent évolue, ce n’est jamais qu’une petite augmentation au kilo de minéral qui arrive jusqu’au mineur, alors que d’autres se remplissent les poches. Il n’y a pas de petits profits et c’est avec le dos et les poumons des mineurs que les fortunes se construisent.
La visite de la mine ronge et mine. La mine vous garde en elle bien après en être sorti. Les visages des mineurs, ou plutôt le point éblouissant de leur lampe dans l’obscurité reste comme la marque du soleil regardé trop longtemps sur la rétine de notre mémoire.
Nous mangeons avec Alice au marché, profitant de sa fraicheur pour nous distraire de cette misère. Mais il nous faut y retourner. Nous dévalisons les pharmacies en collyre pour les yeux, refaisons le plein de pommes et oranges, et nous remontons, seuls et en bus cette fois, à la rencontre des mineurs.
C’est bien de donner aux mineurs, mais les tours passant toujours par les mêmes couloirs des mêmes mines, ce sont toujours les mêmes qui profitent de l’argent des touristes pendant que d’autres triment dans l’ombre 50 mètres plus haut. La montagne, véritable fourmilière, est décomposée en 3 niveaux distants chacun de 90 mètres. Son exploitation est telle que le sommet a déjà perdu 300 mètres de dénivelé… Alors on monte un peu plus haut. Une femme est assise sur le bord du chemin. Les femmes minières sont peu dans la mine. Elles ont plus l’habitude d’être les petites mains qui trient les minéraux de la roche à la sortie de la mine.
- “Souffrez-vous des yeux?”
- “Oui, beaucoup”
On explique : 1 à 2 gouttes dans chaque œil à la sortie de la mine pour le nettoyer. Il faudra partager le flacon parce qu’il va se périmer en une semaine rajoute-t-on. On voudrait que ça profite au plus grand nombre.
La femme, visiblement intéressée par le produit, nous demande si ça convient à des enfants. C’est gagné. Puis :
- “Ca coûte combien?”
On ne s’y attendait pas à celle-là. Nous découvrons que le collyre est un produit tellement utile que cette femme, qui n’en connaissait sans doute pas l’existence quelques minutes plus tôt, serait prête à sacrifier une partie de son maigre salaire pour s’en procurer pour elle et sa famille.
- “C’est un cadeau madame. C’est pour vous, votre famille et vos compagnons de travail.”
Nous continuons notre ascension du Cerro
Ici la vue du Cerro sur la ville de Potosi
et débouchons sur ce qui a sans doute été le moment le plus fort de notre découverte de l’enfer de la mine.

Ici les hommes sont des bêtes de somme. Quelle est la différence entre un âne et un homme dans la mine? Les mains sans doute. Nous sommes scandalisés.
- “Souffrez-vous des yeux?”
- “Oui, beaucoup”
La même histoire, la même souffrance, le même malheur. On sort le précieux flacon du sac et on réexplique, démonstration à l’appui. Les visages sombres de poussière et durs des mineurs laissent place à de petits enfants écoutant la maitresse. C’est important ce qui se passe-là.
Mais très vite, d’autres mineurs sortent de la mine, tirant et poussant leur wagonnet rempli. Certains s’approchent : “de la coca. Des cigarettes”. L’autre facette de la pièce de monnaie ; les mineurs nous sautent dessus à nouveau comme des animaux pour réclamer ce qu’on leur a déjà apporté. Coca, cigarettes. Ils regardent attentivement le gros sac que porte Matthieu et certains enchainent “des fruits”. On n’est pas des bêtes, on n’est pas non plus venus lancer des cacahouètes à des singes. La comparaison avec l’animal est terrible et le malaise nous gagne. Serions-nous venus là en quête de remerciement et de gratitude? Certainement notre action n’est pas gratuite mais tout au moins elle ne se contentera pas de jeter des présents à des hommes devenus bestiaux se précipitant vers la source et prêts à voler à celui qui était son compagnon de mine 2 minutes plus tôt pour en avoir pour lui tout seul. Non, là n’est pas l’esprit.
On repart bousculés par ce qui vient de se passer. Le jour tombe, un groupe répare une canalisation cassée. La canalisation apporte de l’air de dehors dans la mine. Sans elle, pas de travail. Sans travail, pas d’argent. Ils s’y mettent donc tous pour la réparer. Quand on arrive, même refrain. Le leader de la bande nous demande de la coca, des fruits. On attend, on regarde. Notre présence devient finalement transparente. Foutue canalisation à réparer.
- “Souffrez-vous des yeux?”
Encore une fois le caïd du groupe redevenu enfant nous demande le prix du collyre. On leur offre l’avant-dernier collyre.
Le ciel se fait sombre. En descendant on rencontre une femme, travaillant à la garderie de la mine, accompagnée de 2 fillettes et 3 enfants en bas-âge. Le dernier collyre qui nous reste convient aux enfants. Oui les enfants des mineurs ont les yeux rouges quand ils arrivent à la crèche. On confie donc notre dernier flacon à celle qui devient nos yeux pour sortir de la montagne en pleine pénombre.

On passe encore un petit temps à Potosi avant de prendre le bus le lendemain pour Tupiza. Potosi, ses rues pavées, ses belles façades de maison, ses bâtiments coloniaux et son animation dans les rues,
restera pour nous l’expérience de l’inhumanisation de ses mineurs et l’injustice de l’argent…



dimanche 12 avril 2009

Sucre


Le voyage de Santa Cruz à Sucre, 19h de bus de nuit, sièges moyennement inclinables et surtout piste sur la majeure partie du trajet, nous fait arriver en pseudo-forme à Sucre à 11h. Ici, c’est la police touristique qui fait l’accueil en nous remettant un fascicule exposant les différentes façons d’être volé, afin que nous restions sur nos gardes. Bon… On monte dans un taxi et demandons à nous faire déposer dans le centre ville où nous allons au hasard des enseignes chercher de quoi nous loger.
La ville semble belle, et effectivement. Fondée en 1538, Sucre est classée par l’UNESCO en 1991. Rues pavées, belles façades d’immeubles coloniaux, édifices bas historiques…
Nous nous rendons sur la place 25 de mayo où se tient une fête foraine, l’occasion pour Matthieu de faire son gosse (“Oui mais la barbe à papa, je le voulais en rose, pas en vert”!) et de découvrir l’atmosphère si particulière des places et parcs ici. Tout le monde s’y retrouve, les enfants pour jouer sur les manèges mécaniques, les amoureux pour manger une glace (pourtant nous sommes à presque 3000m et on le sent dans l’air!!), les vieux pour se promener.
Nous remontons ensuite les rues, mais aujourd’hui tout est fermé. Nous passons donc le reste de la journée à déambuler dans les jolies rues aux maisons blanches décorées de leur balcon de bois saillant comme un colombage,
finissant la journée par un petit repas au marché.
Le lendemain, après un réveil tardif et un déjeuner au marché, nous arpentons les rues à la recherche d’une gravure de CD devenue indispensable. C’est vrai qu’on a un peu peur de se faire voler toutes nos données alors plutôt que de prendre ce risque, on multiplie les sauvegardes… Mais avec tout ça, il est trop tard pour le musée des arts indigènes… Ben oui, l’Amérique latine vit au rythme espagnol et on ne fera pas déroger quiconque à la règle de la sieste traditionnelle. Résultat, entre 12h et 15h voire 15h30, tout est fermé. Nous voila donc à errer dans les rues, découvrant de belles églises, mais même Jésus a besoin de se reposer pour digérer alors on doit se rabattre sur le cyber café jusqu’à l’ouverture dudit musée…
Un petit jus pour se remonter le moral?


15h, ça y’est les portes ouvrent et avec elles, le monde du tissage et son véhicule ethnographique. Le musée détaille en effet avec brio les différentes pièces textiles traditionnelles comme l’”Unku”, la chemise-poncho portée par les hommes, l’”Aqsu”, le châle des femmes porté autant sur les épaules que sur les hanches, ou encore le “Manta”, manteau de femme. Tous ces vêtements sont encore portés aujourd’hui et c’est un régal, encore une fois, de pouvoir faire rejoindre culture présentée dans un musée, et sa vivance dans la rue. Cela nous ramène aux peuples asiatiques et leurs maisons et métiers à tisser exposés dans les musées. Les salles présentent ensuite très en détail deux grands courants de tissage, correspondants à deux grandes ethnies présentes dans la région de Sucre. D’une part les Tarabuco, dont le tissage est allé en se perdant, devenant de plus en plus pauvre jusqu’à ce que le musée mette en place des ateliers de tissage à destination de son exposition. En effet, au-delà de l’aspect “touristique”, le musée a aussi pour fonction de maintenir vivante cette culture du tissage, en formant la jeunesse et en réanimant les motifs ancestraux parfois oubliés. Ainsi les tissus aux dessins géométriques et symétriques d’une grande richesse recouvrent vie.

L’autre courant, de l’ethnie Jalq’a, met en scène des tissages asymétriques, sans haut ni bas, la plupart du temps de couleur rouge et noir, donnant à voir une vision du monde très chaotique, empli de créatures effrayantes. Les “khurus”, animaux fantastiques aux formes improbables, côtoient alors le terrifiant “supay”, diable andin à la tête flottante (comme les bonhommes têtards des enfants), divinité du silence mais aussi roi des ténèbres et de la pénombre. Chaque tissu est ainsi un enchevêtrement d’êtres déstructurés et terrifiants, représentation des créatures qui veillent dans l’obscurité et attendent la possibilité de nous emporter.
En d’autres termes, le tissage Jalq’a, ça fait un peu tissage d’autiste!!!
Mais ce musée très intéressant ne s’arrête pas là, et nous pouvons mieux comprendre les rituels d’offrandes (le must étant d’offrir un fœtus de lama… J’avoue qu’en première impression ça fait un peu bizarre!) à la Pachamama pour obtenir ses bonnes grâces à savoir inspiration et réussite du tissage. Il faut dire que la création de chaque pièce, en plus de prendre pas moins de 3 mois non stop pour une pièce de tissu, nécessite une représentation mentale du dessin absolument épatante. Et nous en avons la preuve directement dans le musée puisque deux femmes sont là à tisser sur le balcon. Franchement, même après être restée un moment à observer la manière de tisser, j’ai l’impression de ne pas avoir encore bien saisi la technique tellement elle est compliquée et tellement le nombre de fils qui rentrent en jeu est important. Mais regardez plutôt…


Alors quand on sait qu’il n’y a pas de “modèle” et que chaque dessin doit être conceptualisé mentalement pour pouvoir le réaliser, ben je dis chapeau…
Ce musée nous aura vraiment beaucoup intéressé, même si bien sûr, on ne vous cache pas que nous avons eu nos moments de pétage de plomb… Ca reste un musée quand même!!!
Après tant de culture, direction la société de consommation! Les prix bas ont décidé Matthieu pour l’achat d’un disque dur! Et puis c’est sous la pluie débutante que nous partons en quête de maillots de foot au marché noir… Enfin en gros, on peut toujours dire après “ouiii, la société de consommation, tout ça…” mais quand même, on est bien intoxiqués!
Nous restons à Sucre jusqu’au lendemain midi, le temps d’apprécier l’ambiance tranquille et la beauté des rues, les repas au marché et les délicieux jus de fruits frais!!!

C’est là qu’on prend toute la saveur du fait que la Bolivie détient une partie de territoire en zone tropicale!!! Vivent les fruits d’été habillés en hiver!
Nous avons beaucoup apprécié cette ville, nous qui préférons les campagnes d’habitude, car on sent ici une ambiance de village, avec des rues magnifiques et un musée bien intéressant. Une étape à faire!

vendredi 10 avril 2009

Douch

Voilà le lien vers un article faisant état de l'avancée du procès de Douch, ex-tortionnaire Khmer-Rouge et ancien dirigeant de la prison S21 dont on a déjà parlé dans notre blog.
Nous vous disions dans notre bilan du Cambodge que nous attendions de voir comment le pays allait se relever de son histoire si douloureuse et si présente dans son quotidien, nous pensons que cette page de l´histoire qui est en train de s'écrire aujourd'hui est crutiale dans la tentative de réponse à cette question...
Le débat est ouvert...

jeudi 9 avril 2009

Santa Cruz


Nous arrivons à Santa Cruz, grosse ville de 1,3 millions d’habitants, de nuit, sans guide. Nous élisons donc domicile dans un hôtel face à la gare, solution facile et bon marché. Ah!!! Enfin des prix d’hôtel raisonnables!!! Ca fait du bien.
De Santa Cruz, on ne connaitra pas grand-chose. Nous sommes en effet fatigués de notre périple et apprécions la possibilité de pouvoir nous poser à l’hôtel pour nous reposer et ne rien faire. Alors pour nous, Santa Cruz c’est la découverte des petites échoppes dans la rues qui vendent de tout : CD copiés, maquillage et produits de beauté, jus d’orange, empanadas, piles… Ces petits stands de marché urbain seront partout en Bolivie, faisant de chaque endroit, du bled paumé à la capitale, un petit quartier commerçant.


Nous sommes également surpris de constater que, contrairement à la croyance comme quoi pas une ville de Bolivie n’est à moins de 2000 mètres d’altitude, Santa Cruz et ses 415 mètres “d’altitude” confèrent de la chaleur à l’air ambiant. C’est qu’en effet la Bolivie est “coupée” en deux entre une partie basse tropicale, et l’élévation de la chaine andine avec les hauts plateaux et les villes d’altitude.
Les 3 jours passés à Santa Cruz auront été l’étape reposante pour avoir l’énergie de crapahuter dans le pays : repos, repas, télé et internet!
Alors Santa Cruz, on n’a rien de plus à en dire!!!

mercredi 8 avril 2009

Bilan du Paraguay


Nous n’avons passé que 5 jours au Paraguay et ne pouvons donc pas dresser de “bilan” de ce pays.
Alors si le Paraguay devait se résumer à une image, ce serait les sourires de Tania et Stéphane portant leur petit bout Aidan dans les bras. Le Paraguay pour nous, ça a été la force de cette rencontre qui nous aura, au-delà de nous avoir fait passer de bons moments, présenté la douceur de vivre des Paraguayens, nous aura appris (m’aura appris?!) leur incroyable capacité à se tourner vers l’avant et à se concentrer sur le bon pour ne pas se laisser pourrir la vie par les aspects sombres de notre monde, et nous aura conduit bien plus loin que dans le Chaco sous leur impulsion. Ils nous auront conduits vers le chemin retrouvé de l’amour de l’Homme (de certains!!!) et la confiance en la Rencontre.
Le Paraguay n’est donc pas tant le pays du voyage touristique, paysagé, mais plus un voyage intime dans la beauté du Moment et la force créatrice de la Rencontre, voyage intérieur sans doute bien plus riche.
Toute poésie mise à part, le Paraguay a aussi été pour nous un pays difficile à pénétrer en 5 jours (tu m’étonnes John!) en l’absence de structures touristiques adaptées et en raison des prix pratiqués. Sans doute aussi que notre expérience du Brésil toujours fraiche nous aura fait rencontrer un découragement plus rapide devant l’adversité : y’a pas de moto à louer ici pour visiter les réserves indigènes? Ben c’est qu’on doit se casser d’ici! Emballé c’est pesé!
Enfin n’oublions pas non plus que le Paraguay restera aussi à nos yeux le pays des tarentules, et ça, c’est assez énorme!!!!!